Aliments intoxiqués, notamment par de la dioxine
Les consommateurs d’aliments d’origine animale se
sentent à nouveau menacés. Cette fois, le scandale
éclate en Belgique et le coupable se nomme dioxine. Les
graisses animales utilisées par certains fabricants de
fourrage en Belgique et dans les pays avoisinants contenaient un taux
de dioxine (molécule devenue tristement célèbre
par la contamination accidentelle survenue à Seveso) largement
supérieur aux normes autorisées.
Le fourrage pour volailles incriminé en Belgique contenait une
teneur en dioxine de 0,8 microgrammes. De prime abord, ce chiffre
paraît insignifiant. La gravité de cette
découverte se mesure cependant au fait que, selon la
législation allemande, les boues d’épuration
doivent être traitées comme des déchets
spéciaux dès que leur taux de dioxine dépasse
0,1 microgramme.
La dioxine ne se dissout pas du tout dans l’eau, mais
parfaitement dans les graisses. Dans l’organisme des animaux
(et des êtres humains), elle est donc stockée
principalement dans la masse graisseuse. Cette molécule
représente un grand danger, non seulement lors de
l’absorption d’une surdose unique, mais aussi en raison
de son effet à long terme, puisque l’organisme
l’emmagasine au fil des ans. Ainsi la meilleure mesure
préventive consiste-t-elle à en ingérer le moins
possible.
Suite à l’annonce de la contamination, les
autorités ont enfin soumis divers aliments à des
analyses approfondies. En Allemagne, les résultats ont ainsi
révélé la présence, non seulement de
dioxine, mais également de PCB et ce, dans les œufs, la
mayonnaise, les pâtes aux œufs ainsi que dans la viande
de bœuf, de porc et de volaille.
A l’instar de la dioxine, le PCB (polychlorobiphényl)
s’accumule au long de la chaîne alimentaire,
d’abord dans l’organisme des animaux, puis dans celui des
humains. La présence de ces toxines dans le corps est donc
directement liée au régime alimentaire. La
concentration de ces substances toxiques dans le corps d’un
être humain est en effet proportionnelle à la
quantité de produits d’origine animale qu’il a
consommé durant toute sa vie. Cette règle vaut aussi
pour beaucoup d’autres substances toxiques, telles que les
métaux lourds (mercure, cadmium, etc.).1 La teneur
des aliments en éléments toxiques étant
déterminée par la longueur de la chaîne
alimentaire, il convient de raccourcir celle-ci en se nourrissant de
préférence de denrées végétales.
Il est donc préférable de consommer les
céréales directement, plutôt que de les servir
d’abord en pâture aux animaux et de se nourrir ensuite de
la chair ou des produits de ceux-ci. Quelle que soit la
quantité de substances nocives contenue dans les
céréales en question, elle sera toujours moindre.
Cette constatation ne date d’ailleurs pas d’hier. Depuis
le début des années quatre-vingts déjà,
il ne fait plus de doute que la viande contient quatorze fois plus de
pesticides que les aliments végétariens. Les produits
laitiers, quant à eux, en renferment 5,5 fois plus
2 .
La comparaison du taux de contamination du lait maternel de plusieurs
femmes en fournit la preuve la plus flagrante. En effet, le lait
maternel contient des graisses provenant de la masse graisseuse de la
mère. En l’allaitant, elle transmet à son
nourrisson une grande partie des toxines qu’elle a
accumulées toute sa vie durant.
95% de la quantité de DDT (un dangereux pesticide)
absorbée provient de la viande et des produits
laitiers.5
Les résultats obtenus lors des études menées par
des scientifiques n’ont donc rien de surprenant: le lait
maternel le plus contaminé des mères
végétariennes examinées contenait largement
moins de substances nocives que le lait le plus sain des mères
omnivores. Le taux de toxines mesuré dans le lait des
mères végétaliennes était, quant à
lui, en moyenne 35 fois inférieur à la moyenne
globale.3
Toutes ces études ont été effectuées il y
a bientôt vingt ans, bien avant que la dioxine ne fasse
scandale. Cette récente affaire n’a par ailleurs
révélé que la pointe de l’iceberg, puisque
les chiffres publiés ne tiennent compte ni de la contamination
du fourrage par d’autres substances toxiques ni des
conséquences néfastes de l’agriculture intensive!
Udo Pollmer, chimiste alimentaire, maître de conférences
et journaliste scientifique, en fournit la preuve dans son livre Iss
und stirb. Chemie in unserer Nahrung4 (Mange et meurt. De
la chimie dans notre assiette) où il expose le cas du PCB,
hautement toxique: «Au moment du passage du sol à la
plante, la concentration du PCB est multipliée par cinquante.
Ensuite, dans le lait maternel et dans la moelle (osseuse), on mesure
un taux 25 000 fois supérieur à celui contenu, au
départ, dans le sol. Selon les calculs de l’institut
fédéral de Kiel pour la recherche sur le lait (Kieler
Bundesanstalt für Milchforschung), on estime que la population
allemande absorbe chaque année plus de cent kilos de PCB,
uniquement par la consommation de lait et de produits
laitiers.»
Voilà qui prouve une fois de plus que la concentration des
éléments nocifs augmente en fonction du nombre
d’intermédiaires se trouvant le long de la chaîne
alimentaire, ce qui explique peut-être pourquoi les humains
consomment de préférence des animaux purement
végétariens. L’exemple du poisson, l’une
des rares exceptions à cette règle puisqu’il se
nourrit essentiellement d’autres petits animaux, illustre
l’avantage d’une telle attitude: sa chair contient
souvent une grande quantité de métaux lourds.
Peu importe quelle substance on considère, le résultat
obtenu reste le même: moins l’on consomme
d’aliments d’origine animale, moins l’on absorbe de
toxines. Vu que la teneur en graisse des diverses denrées
entre en jeu dans l’accumulation de bon nombre de substances
nocives, certains produits laitiers (beurre, crème) en
renferment un taux particulièrement élevé.
Rien d’étonnant donc à ce que, suite aux
révélations publiées dans le cadre de
l’affaire de la dioxine, les autorités belges aient
retiré du marché non seulement tous les œufs et
produits à base de viande susceptibles d’être
contaminés, mais également les produits laitiers,
notamment le beurre.
Notes de bas de page / sources:
1 Lewis Regenstein: How to Survive in America the
Poisoned, Acropolis Books, 1982, page 103
2 Environmental Quality – 1975, the Sixth Annual
Report of the Council on Environmental Quality, Washington D.C.,
décembre 1975, page 375
3 New England Journal of Medicine, 26 mars 1981
4 Udo Pollmer et Eva Kapfelsperger: Iss und stirb. Chemie
in unserer Nahrung. Rowohlt, 1992, dans Bruker: Der Murks mit der
Milch, page 171
5 John Robbins: Ernährung für ein neues
Jahrtausend, éditions H. Nietsch, 2e édition, 1996,
page 324
[en haut]
Tweet
© Schweizerische Vereinigung für Vegetarismus (SVV) | www.vegetarismus.ch | Impressum

