Le miel et autres produits sucrants
La douce période de Noël qui vient de s’écouler est prise à la lettre par beaucoup de gens. Le froid ambiant de cette période de l’année est volontiers «adoucie». Alors que choisit-on de préférence ? Le sucre industriel, blanc et neutre, ou mieux encore du miel ou des fruits séchés ? Et comment se fait-il que la plupart des gens ont un tel penchant pour les sucreries ?
Répondons tout d’abord à la dernière
question:
Comme pour son désir d’aliments salés, il existe
chez les humains un penchant prononcé pour les sucreries, et
pour cause! L’humain est (ou du moins a été il y
a belle lurette) surtout un mangeur de fruits. Et à quoi
reconnaît-on qu’un fruit est mûr? A son goût
sucré! C’est pourquoi il préfère les
douceurs. Hélas, ce mécanisme ne fonctionne bien
qu’à condition de ne consommer que des aliments au
naturel. Par contre, dès que l’on extrait et traite des
produits de la nature (comme le sucre), la capacité gustative
se modifie, et l’on ne peut alors plus que supposer
qu’un fruit est mûr et sain. C’est pourquoi,
les meilleurs produits sucrants sont des fruits non traités.
Dans les milieux végétariens et plus encore
végétaliens (ces derniers excluant le miel), le miel
est le produit sucrant le plus controversé, parce que,
d’une part, il provient d’animaux mais que, d’autre
part, la cuisine complète le considère comme un aliment
de haute valeur. Dans cet article, nous passerons en revue les divers
aliments sucrants.
Miel
Il est très apprécié dans la cuisine
complète bien qu’il soit principalement composé
d’hydrates de carbone (une «bombe de calories») et
ne contienne que peu de vitamines, de minéraux et
d’enzymes. Si le miel est composé à 80% de sucre
et, pour le reste, d’eau surtout, il possède par
opposition au sucre industriel quelques avantages; il a aussi en
commun avec lui beaucoup de défauts! Par exemple, il attaque
les dents plus encore que le sucre industriel. Etant donné que
ce dernier ne contient ni minéraux, ni enzymes ni vitamines,
le miel (naturel, non chauffé) est dans cette perspective
supérieur, mais il ne devrait jamais être chauffé
à une température plus élevée que 40
degrés. Il ne convient par conséquent pas pour faire la
cuisine et la pâtisserie.
Qu’en est-il de l’aspect éthique? Le miel,
considéré sous l’angle du
végétarisme, est-il acceptable?
Le miel étant à présent produit en grandes
quantités, les problèmes qui en découlent sont
similaires à ceux posés par tous les autres produits
qui proviennent de l’utilisation massive d’animaux: Il y
a entre 30’000 et 40’000 sortes d’abeilles.
Toutefois, seule l’une d’entre elles répond
à tous les critères pour une utilisation commerciale,
il s’agit de l’Apis melifera. C’est à partir
de cette dernière qu’ont été
développées 20 nouvelles sous-espèces.
La signification pour l’écosystème est claire:
une seule espèce d’abeille supplante rapidement toutes
les autres, d’où résulte un appauvrissement
génétique. Les conséquences en sont visibles
depuis longtemps déjà. Des maladies frappent de plus en
plus fréquemment les populations d’abeilles, et ces
maladies se propagent sous forme d’épidémies.
La résistance des abeilles aux maladies décline de plus
en plus. Il est particulièrement frappant de constater
qu’au cours de l’année passée, du miel
étranger importé en Suisse contenait des
antibiotiques. Les autorités suisses ont alors
réagi immédiatement en accordant tout simplement une
plus large tolérance, et il est à présent
officiellement autorisé que le miel contienne des
antibiotiques (voir le Vegi Info 2/98f).
Puisque l’administration d’antibiotiques à titre
préventif aux abeilles est déjà
« normal » à l’étranger,
comme c’est déjà le cas pour les animaux
détenus dans les élevages intensifs, les
autorités n’ont ainsi plus à intervenir.
En septembre 1998, l’Institut Robert Koch a alerté
davantage encore le consommateur de miel en rendant public un nouveau
cas de bébé victime, après avoir mangé du
miel, d’une infection de botulisme, qui avait provoqué
une paralysie et d’autres symptômes mettant gravement sa
vie en danger.
L’Institut Robert Koch a rappelé une fois encore que la
consommation de miel par des bébés de moins d’un
an était à proscrire; mais que, pour les enfants plus
âgés, les dangers étaient moins prononcés.
Le fait que ces maladies soient estimées rares vient du fait
qu’elles n’ont pas encore été bien
étudiées.
En revanche, les conséquences de l’apiculture sur la
nature sont claires: dans beaucoup de régions à forte
concentration de populations d’abeilles, beaucoup
d’insectes butinant et se nourrissant des mêmes
nectars sont refoulés.
Les abeilles sont généralement
considérées comme de bonnes butineuses,
fécondant les plantes. Il s’avère cependant que
ceci n’est pas exact.
Il y aurait en effet pas mal d’autres insectes qui seraient
meilleurs encore s’ils se reproduisaient en masse.
A présent, pour des raisons commerciales, des quantités
si abondantes de miel sont retirées des abeilles que, pour les
aider à passer l’hiver, il faut les nourrir avec de
l’eau sucrée. Cette pratique est évidemment plus
rentable que de leur laisser au moins une partie de leur miel, mais
elle entraîne des répercussions négatives pour
leur santé.
Lors du «printemps des abeilles», beaucoup
d’œufs, de larves et souvent aussi d’abeilles
adultes sont anéantis. A ce problème, il existe
déjà quelques solutions possibles, mais elles
n’ont trouvé que peu d’écho
jusqu’à présent. Le pire se produit lors de
la récolte du miel provenant de populations d’abeilles
sauvages: généralement, pas plus d’un quart de
cette population d’abeilles ne survit à un tel
«printemps». La plupart des protecteurs des animaux ne se
préoccupent pas de ce problème, n’ayant pas de
relation de proximité avec les abeilles. Ces dernières
sont toutefois des êtres dignes d’intérêt,
possédant une vie sociale complexe. Elles sont aussi
capables d’échanger entre elles des informations
détaillées sur leur situation (exemple, un village de
champ de fleurs). Bien entendu, le miel n’est pas, de
loin, le seul produit sucrant, et ci-après des informations
sur d’autres produits de ce type sont fournies, aptes à
adoucir les rigueurs de l’hiver.
Sucre industriel
Le sucre blanc, ou «sucre industriel», est
généralement reconnu comme malsain.
Il a en effet beaucoup d’inconvénients, et les
diététiciens et spécialistes de la santé
déconseillent fortement la consommation de sucre blanc et
même brun (!).
Ci-après, on trouvera une phrase qui est en fait la
quintessence de la pensée du Prof. John Yudkin,
l’éminent spécialiste mondial en matière
de produits sucrants, à propos des dégâts
causés par le sucre.
«Si seulement une petite partie des connaissances relatives aux
effets du sucre était obligatoire de figurer sur
l’étiquetage comme c’est le cas pour
n’importe quel autre additif alimentaire, ce produit serait
certainement défendu».
Cette déclaration se trouvera confirmée par la lecture
de livres sur le sujet – voir liste fournie ci-jointe.
Entre végétariens et végétaliens (vegan),
il est supposé que le sucre blanc est blanchi au moyen
d’éléments provenant des os. Effectivement, le
sucre blanc extrait de la canne à sucre est fréquemment
blanchi avec des éléments d’os. En Suisse
toutefois, cette méthode n’est pas utilisée, et
cela vient du fait qu’ici seules les betteraves
sucrières sont traitées. Le sucre suisse peut donc
être considéré comme un produit
végétarien (ce qui ne signifie pas qu’il soit
sain). Pour le sucre de canne blanc importé, il n’est
pas permis d’affirmer qu’il soit un produit
«végétarien». Il faut donc demander la
notice sur le mode de production.
Mélasse
(sucre de canne / mélasse de canne)
Elle constitue la partie du sucre de canne
qui reste en surplus après extraction du sucre blanc. La
mélasse contient beaucoup de minéraux et peu de
vitamines. En raison de son goût très prononcé,
elle convient pour la pâtisserie, pour tartiner (à la
place du miel) et pour le thé, à condition toutefois
d’aimer le goût de la mélasse!
Sirop d’agave
Ce produit sucrant est encore peu connu. On peut se le procurer dans les magasins de produits diététiques. Il provient d’agaves biologiques et est, par son goût et sa consistance, le meilleur substitut au miel. Il n’y a actuellement qu’un seul fabricant de ce produit; il s’agit d’Allos, un apiculteur allemand! L’avantage de ce produit est qu’il est de qualité exclusivement biologique et qu’en l’adoptant on encourage une apiculture innovatrice et orientée vers l’avenir.
Sirop d’érable
Il ressemble au sirop d’agave. Il convient donc dans tous les cas où l’on aurait utilisé du miel.
Sirop de poire
Le jus sirupeux de poires a été souvent utilisé dans le passé par les pauvres comme produit sucrant. Il a une consistance visqueuse, contient des minéraux, et possède un goût très particulier. Il est, à ce jour, malheureusement, tombé quelque peu dans l’oubli.
Fruits séchés
Comme les fruits frais, ils sont les meilleurs produits sucrants. Parce que l’absence d’eau provoque un changement dans leur composition, on ne devrait toutefois pas en abuser. Ce que l’on peut présumer, c’est que la plupart des fruits séchés sont chauffés et soufrés.
Stevia
La plante à pouvoir sucrant
appelée Stevia rebaudiana possède des feuilles qui sont
de dix à quinze fois plus sucrantes que le sucre industriel.
Elles peuvent de ce fait être employées directement sous
forme de poudre végétale. Le goût en est,
à vrai dire, très spécial, et la stevia ne peut
donc être utilisée dans tous les cas. Son grand avantage
est qu’elle n’abîme pas les dents et empêche
même la formation de plaques. En outre, ce produit sucrant,
contrairement aux autres produits présentés ici, est
peu calorique. Malheureusement, ce produit très sain est
pratiquement inconnu en Suisse.
Références & Informations complémentaires:
- Elliot L. Gang: The buzz about honey, The Animals Agenda, Nov./Dec.1997. Article très bien documenté et critique sur le miel.
- M.O. Brucker: Zucker, Zucker-Krank durch Fabrikzucker, emu 331 pages, 1995, Fr.25,-
- John Yudkin: Süss, aber gefährlich – Der Zucker-Report, Artha, 343 pages, Fr.26,80, ISBN 3-89575-000-X.
- David Richard: Stevia Rebaudiana – Das süsse Geheimnis der Natur, Tenum Management AG, 75 pages, 1998, Fr.11,80, ISBN 3-9521466-0-9.
- B. Rias-Bucher: Natürlich süssen mit Agavendicksaft, Dattelsirup, schwarzer Melasse & Co. Ludwig-Verlag, 95 pages, 1998. Poster. Fr.19,-
Renato Pichler
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