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Un végétarien dans un monastère

Il est rare que le végétarisme soit associé aux institutions catholiques. Cependant, l’ouverture de la société à l’alimentation végétarienne ne s‘arrête pas à la porte des monastères. Vous allez découvrir, dans cet entretien, la vie d’un membre de l’ASV de longue date.


Pour en savoir plus ...
Bruder Martin
Depuis 2008, Diego Hieronymi vit au monastère bénédictin de Disentis sous le nom de Frère Martin Hieronymi.

Renato Pichler : Depuis combien de temps es-tu végétarien ?

Frère Martin : Depuis 1992/93. Je terminais le gymnase. Je connaissais des végétariens et, en cours de géographie, nous avions vu un documentaire sur les transports d’ani­maux à travers l’Europe – ce fut le déclic. Au commencement, je mangeais encore du poisson et des crustacés mais j’y renonce depuis 1997.

Quand et pourquoi as-tu choisi d’entrer au monastère ?

Ce fut tout un cheminement, pendant une dizaine d’années. À 23 ans, comme étudiant de théologie, j’ai passé un an en Bolivie où j’habitais chez des moines salésiens de Don Bosco et des Jésuites. Suite à cette expérience, je ressentis le désir de vivre dans une communauté religieuse. L’idée me plaisait de vivre en toute simplicité, dans une communauté, à suivre l’exemple de Jésus, les journées étant ponctuées par les prières. Depuis mon adolescence, je défendais des principes de durabilité ! De retour en Suisse, la vie familiale me sembla la vie idéale et, pendant deux ans, j’avais une amie à laquelle j’étais très attaché. Mais j’avais de plus en plus l’impression que le mariage et la famille, ce n’était pas ma voie.
Après mes études, je souhaitais tout d’abord exercer mon métier de pasteur-assistant, ce que je fis de 2001 à 2005 dans l’aumônerie de Neuhausen-Hallau. Ensuite, je me suis donné un an pour découvrir différentes communautés en Suisse et à l’étranger. Pour finir, j’ai retenu une communauté mixte de sœurs et de frères voués au célibat, dans le sud de la France, et les Bénédictins de Disentis. Ma décision en faveur de Disentis fut prise le jour de Pentecôte en 2006, et les moines étant d’accord, je commençai ma période de candidature. Le 21 mars 2011, je prononçai ma profession de foi comme moine bénédictin du monastère de Disentis.

Quelle fut la réaction à ton alimentation végétarienne ?

Mes frères acceptent que je sois végétarien. Chaque jour, 150 à 200 repas sont préparés dans la cuisine du monastère. Il y a toujours un plat végétarien.

Les frères au monastère abordent-ils le sujet du végétarisme avec toi ?

Un jour, je fus chargé de présenter mon travail de licence en théologie dans le cadre d’une série de conférences pendant le Carême. À cette occasion, j’avais expliqué à mes frères que je serais heureux que notre communauté mange le moins de viande possible mais que je n’avais guère l’intention de les convertir au végétarisme.
Mon travail de licence portait sur le Prince Max de Saxe, un théologien végétarien.1
Peut-être parlons-nous si peu de mon alimentation végétarienne parce que, de toute façon, des plats végétariens sont proposés d’office pour tous et que la simplicité fait partie des idéaux de la vie monastique. Ainsi, nous avons instauré le principe d’une caisse communautaire. La simplicité dans notre mode de vie est l’une des raisons m’ayant poussé à choisir la vie communautaire. Les Bénédictins s’engagent à la « stabilitas loci », ce qui ne signifie pas renoncer à tout voyage mais lors de notre admission au monastère, nous choisissons un monastère bien précis, qui est également notre lieu de travail. Personnellement, je suis heureux de ne pas devoir prendre l’avion pour des raisons écologiques – mon dernier vol remonte à 1999. Mon alimentation est également liée à des motifs écologiques. Nos ressources alimentaires pourraient nourrir un plus grand nombre d’êtres humains si nous produisions moins de viande et nous pourrions ainsi éviter de faire souffrir les animaux.

Y a-t-il des végétariens dans ton entourage ?

Un frère, qui a rejoint notre communauté deux ans après moi, est aussi végétarien, ce qui me fait très plaisir. Certains parmi les 170 élèves internes et externes du gymnase rattaché au monastère sont végétariens, et nous avions une stagiaire végane dans notre internat.

Comment tes frères expliquent-ils leur consommation de viande ?

Peut-être puis-je répondre à cette question par une réflexion du Prince Max de Saxe, reprise dans mon travail de licence.
« Si les raisons morales naturelles et surnaturelles qui militent en faveur du végétarisme sont réellement aussi évidentes et irréfutables, comment expliquer que de nombreuses personnes, raisonnables et honnêtes, refusent radicalement cette cause en allant jusqu’à s’en moquer, comment expliquer que même les gens pieux et saints ne veulent rien en savoir ? Cela s’explique tout simplement par la puissance de l’ habitude qui fait apparaître comme bonnes et raisonnables les pratiques actuelles même si elles ne sont pas justifiées en tant que telles. »

Ci-dessous, la réponse d’un frère :
• De par sa nature, l’homme est omnivore.
• Puisque nous sommes fortement sollicités par le travail physique, il nous faut une alimentation saine et nourrissante. Cf. Règle des Bénédictins 36,9 + 39,11 : La consommation de viande pour les personnes affaiblies et malades, et règle 39,6: « Si le travail était plus rude, l’abbé a la compétence d’attribuer des portions plus grandes si elles font du bien. »
• St. Benoît avait préconisé non pas le végétarisme, mais le jeûne et l’abstinence. Par ailleurs, il est plus libéral en la matière que d’autres auteurs de règles.
• Adaptation aux circonstances locales (Règle 40,8: « Si les conditions locales sont défavorables et que les portions ci-dessus ne peuvent être distribuées, s’il y a nettement moins ou rien du tout, que les frères qui y vivent louent Dieu et ne se plaignent pas. » ) Dans les régions de montagne, il était impossible de survivre sans produits animaux. Encore aujourd’hui, l’élevage contribue à préserver l’équilibre écologique en région de montagne.
• Parce qu’un moine mange ce qui est servi à table et que l’alimentation ne lui importe pas tant qu’il reste en bonne santé et modeste dans ses besoins (cf. Règle 39,10: « préserver la modération en toute chose » ).

L’Église catholique est connue pour ne pas attacher une grande importance à la protection des animaux. Qu’en dis-tu ?

Heureusement, l’Église catholique n’ignore pas la protection des animaux, elle s’engage en sa faveur. Ainsi, la conférence épiscopale allemande publia, en 1993, un document n° 113 intitulé « La responsabilité de l’homme pour l’animal. Positions, réflexions, suggestions. » Ci-dessous, un extrait :
« Nous, les êtres humains, sommes autorisés à utiliser les services et la vie des animaux. Cependant, il est irresponsable de faire souffrir ou de tuer des animaux, qui sont des êtres dotés de sensibilité, sans raisons sérieuses, par exemple pour le plaisir ou la fabrication de produits de luxe. »2

De plus, l’Église catholique compte des personnes engagées en faveur de la protection des animaux.
Heureusement qu’il y a eu St. Antoine l’Égyptien, qui comme d’autres ascètes ne se nourrissait que de pain, de sel et d’eau, St. Benoît qui avait fortement restreint la consommation de viande, et le Prince Max de Saxe qui fut végétarien.

La position des animaux
Comme dans le catholicisme, les Bénédictins eux aussi croient que seul l’âme humaine est immortelle. Même si, selon eux, les animaux n’ont pas une âme immortelle, ils font partie de la création divine qu’il faut respecter et protéger. La façon dont sont traités les animaux dépend de l’attitude personnelle et du niveau de connaissances des moines.
Au monastère de Disentis, l’étable fut reconstruite suite à un incendie et entièrement réaménagée pour accueillir des vaches bio non écornées en stabulation libre. La fromagerie bio qui y est rattachée ne dispose pas d’une porcherie qui permettrait normalement de valoriser le petit lait. Celui-ci est épaissi par osmose inversée et vendu comme matière première à l’industrie alimentaire. Le monastère a loué l’étable à un agriculteur et s’y approvisionne en lait.

Consommation de viande chez les Bénédictins
Parmi les nombreuses règles de l’ordre bénédictin figure une phrase sur la consommation de viande : « Il est interdit de manger la viande des animaux à quatre pattes, sauf pour les très faibles et les malades. » Elle figure dans le chapitre sur la mesure lors des repas. Il ne s’agit donc pas de protéger les animaux mais de mener une vie simple et modeste.
Pour respecter l’ascèse, les moines de Disentis ne mangent pas de viande le mercredi et le vendredi. Chaque jour, les élèves du gymnase peuvent choisir entre plusieurs plats végétariens. Il est donc parfaitement possible d’être végétarien au monastère.

klosterkirche

Le catholicisme aujourd’hui permet explicitement d’utiliser les animaux pour se nourrir, pour faire du sport et dans les laboratoires. Ton alimentation serait-elle en contradiction avec l’enseignement catholique ?

Non, certainement pas. L’Église catholique n’impose pas l’utilisation des animaux pour se nourrir. Si cela est permis, ce n’est pas pour autant obligatoire. De plus, une alimentation végétarienne simple peut être considérée comme une alimentation frugale. La modération est l’un des buts dans la vie d’un chrétien.

Crois-tu que « ton » monastère est particulièrement ouvert vis-à-vis du végétarisme, ou n’est-ce plus un problème, de nos jours, d’adopter une alimentation végétarienne dans un monastère ?

L’attitude face au végétarisme varie d’une communauté religieuse à l‘autre. À mon avis, il est possible d’opter pour une alimentation végétarienne dans la plupart des communautés religieuses, d’autant plus que nous savons maintenant que le végétarisme n’induit aucune carence, ménage les ressources et évite de faire souffrir les animaux.

Tu vis dans un monastère bénédictin. Pourquoi ce choix ? Comme végétarien, tu auras pu être attiré par les Franciscains, François d’Assise étant considéré comme un grand ami des animaux.

J’éprouve toujours une grande sympathie pour les communautés franciscaine, qui m’ont souvent invité. Je me sens guidé par la volonté divine : avant de devenir moine bénédictin au monastère de Disentis, j’ai rendu visite à beaucoup de communautés à l’étranger car j’étais prêt à vivre dans n’importe quel pays. Pour finir, j’avais également retenu une communauté franciscaine française, dont l’alimentation n’était pas végétarienne, mais où j’aurais facilement pu vivre en tant que végétarien.
Lors de ma visite à Disentis, je ressentis une joie profonde et imaginai aisément de pouvoir y vivre. Ainsi, j’y ai trouvé un endroit qui me correspond et où je peux suivre l’exemple de Jésus et, conjointement avec mes frères, servir Dieu et le monde.

De nombreux végétariens ont des difficultés à défendre leur mode de vie face à leur entourage professionnel ou privé. Apparemment, tu ne te heurtes pas à cette difficulté au monastère. Comment faut-il procéder pour ne pas provoquer de refus ?

Je ne peux qu’expliquer ce que je fais depuis des années. Si je suis invité, j’informe mes hôtes au préalable. Je leur indique que je suis végétarien, qu’il ne leur faut rien préparer de spécial à mon intention. En règle générale, ils ont déjà du pain, de la salade, des légumes et des pâtes parmi leurs provisions. Souvent, mes hôtes préparent des plats qui me conviennent parfaitement. Et si quelqu’un me demande pourquoi je suis végétarien, je l’explique patiemment.

Financement
Le monastère s’autofinance surtout grâce au travail de ses moines mais également par des dons. Souvent, une école ou un internat est rattaché au monastère, comme à Disentis. Ni l’État ni l’Église ne couvrent les dépenses courantes. Les moines n’ont pas de possessions personnelles en conformité avec les exigences strictes formulées par les règles monastiques. Cependant, le monastère fournit aux moines tout ce qu’il leur faut pour vivre. La devise d’un moine bénédictin est « prie et travaille », la prière figurant en première place.

Comment se déroule ta vie quotidienne au monastère ?

Les moines se réunissent cinq fois par jour pour chanter et prier. Nous commençons par le vigile à 5h30 et la dernière prière commune et le complet à 20h.
Nous ne parlons pas pendant les repas. Pendant le repas de midi et du soir, une lecture de livres religieux et profanes nous est proposée. Voilà qui rythme notre quotidien. En dehors des prières communes, nous avons le temps pour des prières personnelles et des lectures spirituelles.

Quelles sont tes occupations principales ?

Je consacre la moitié de mon temps au gymnase en internat. Je donne des cours de religion catholique, travaille dans l’internat, élabore des activités religieuses pour les adolescents et les jeunes adultes, dirige le service de l’autel, m’occupe des pèlerins, des invités et d’autres groupes tels que les participants à des cours. Je collabore également à l’organisation de concerts et de conférences. À ceci s’ajoutent d’autres tâches. Pendant mon temps libre, je fais des randonnées en montagne, à pied ou à vélo.

As-tu l’occasion, dans toutes ces activités, de présenter les avantages d’une alimentation végétarienne ?

Il y a régulièrement des échanges avec des frères, des collaborateurs, des élèves et des hôtes. J’aime leur parler des avantages et de l’importance d’une alimentation végétarienne. J’explique que les plats végétariens sont très savoureux et que je pratique cette alimentation avec plaisir.

Cher Frère Martin, nous te remercions de nous avoir donné un aperçu de ta vie au monastère en tant que végétarien !

Renato Pichler
Trad. Astrid Krüger


1 Titre du travail de licence: “Le végétarisme dans le christianisme : Refus de l’Église à imprimer le manuscrit ‘Essai sur une théologie du végétarisme’ du professeur fribourgeois, le prince Max de Saxe, face à la tradition de renonciation à la viande dans le christianisme, l’état actuel des connaissances et le débat théologique.” Le prince Max avait rédigé son manuscrit à Fribourg (CH) en 1921/22. Il peut être téléchargé sur le site de l’ASV sous forme de fichier pdf (en allemand).

2 www.dbk-shop.de/media/files_ public/smkoycocou/DBK_5113.pdf

À noter :

L’association AKUT s’engage pour un meilleur rapport entre les églises et les animaux :
Aktion Kirche und Tiere, Rübibachstr. 9, 6372 Ennetmoos, Tél. 041 610 32 31, www.aktion-kirche-und-tiere.ch, akut-ch@bluewin.ch