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Entretien de l’ASV avec Jean Ziegler

«L’information sur le végétarisme est l’arme de la résistance»

A l’occasion de la parution de son dernier livre, nous avons interrogé Jean Ziegler sur le lien entre la consommation de viande et la faim dans le monde.


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Jean Ziegler, Foto von J. Revillard


Nous vous félicitons pour la parution de votre nouveau livre «Destruction massive. La géopolitique de la faim». Quel lien établissez-vous entre la faim dans le monde et l’alimentation végétarienne ?

La récolte céréalière mondiale par temps normaux est d’environ 2 milliards de tonnes, dont 500 millions, c’est-à-dire un quart, sont consacrés à l’alimentation du bétail de boucherie dans les élevages industriels. C’est une absurdité qui contribue à la faim dans le monde dans les pays pauvres. Par ailleurs, dans l’hémisphère sud, la faim est aggravée par la consommation de viande.
Chez nous, la consommation de viande est à l’origine des maladies cardiovasculaires et d’autres pathologies graves qui causent d’énormes coûts à notre système de santé. Le végétarisme est certainement une arme efficace pour lutter contre le massacre quotidien de nos semblables, victimes de la faim.

Selon la FAO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la consommation de viande est le choix individuel qui pèse le plus lourd sur le climat. Malgré cela, la FAO n’envisage guère, parmi les solutions proposées, de réduire la consommation de viande. Pourquoi ?

Des pays comme le Brésil et l’Argentine, grands producteurs de viande, ont énormément d’influence au sein de la FAO. Le nouveau directeur général de la FAO est Brésilien et ancien directeur de la FAO pour le continent latino-américain. Les influences politiques y jouent un rôle déterminant. Comme le confirme la Banque mondiale, l’industrie agro-alimentaire est la branche la mieux organisée si nous la comparons au secteur pétrolier et à d’autres secteurs. En termes de lobbying, il s’agit du secteur le plus influent sur le plan politique et sociétal.

En Afrique, l’élevage, et surtout la détention de troupeaux de chèvres, favorisent la désertification et constituent à long terme une menace pour la sécurité alimentaire. Les Nations-Unies ont-elles abordé ce sujet ?

10 millions d’hectares de terres cultivables se transforment en désert chaque année. Les premières statistiques datent d’il y a 18 ans. Le Sahara progresse chaque année de 5 km vers le sud. Aujourd’hui déjà, l’ONU compte 35 millions de réfugiés écologiques en Afrique. Ces réfugiés ne sont pas couverts par la Convention relative au statut des réfugiés parce qu’ils ne sont pas persécutés pour des raisons racistes, religieuses ou politiques. Ils quittent leurs villages parce que leurs terres sont desséchées. La corne de l’Afrique est frappée par une sécheresse qui sévit depuis six ans. La nappe phréatique s’y situe à une profondeur 50 ou 60 m, ce qui ne permet plus de puiser l’eau par les méthodes traditionnelles à l’aide de seaux. Le sol y est dur comme du béton et les habitants s’en vont en usant de leurs dernières forces. Ils s’installent dans les bidonvilles des villes côtières. Nous assistons à une véritable tragédie humaine.

Et pourtant, la véritable cause n’est jamais abordée dans les débats.

C’est vrai. On se contente de parler objectivement d’effets climatiques alors que les terres sont endommagées par l’élevage intensif. Autre sujet tabou : la guerre du Darfour est une guerre de l’eau, surtout entre les nomades et les peuples pratiquant l’agriculture sédentaire. Dans le nord du Mali, nous retrouvons cette même dimension du conflit, qui oppose les peuples nomades de la rive gauche du Niger aux agricul­teurs vivant le long des rivages fertiles. Il s’agit d’un problème structurel entre les différentes populations détentrices d’animaux (22 millions de bêtes : chameaux blancs, chè­vres, etc.). Le problème de la dévastation causée par l’élevage intensif abîmant les sols n’est jamais abordé.
Il faut énormément d’eau pour produire des biocarburants. Pour obtenir 1 l d’éthanol, il faut 4000 l d’eau. Les multinationales qui souhaitent privatiser l’eau combattent la production de biocarburants. Leur cause n’est cependant pas de lutter contre la faim et d’éviter que soient brûlés des denrées alimentaires. Elles ne sont donc pas honnêtes dans leur argumentation car il leur en va uniquement de leurs privilèges dans la privatisation de l’eau.

Nous avons pu constater, ces dernières décennies, que tous ces problèmes n’étaient pas nouveaux, mais s’aggravaient. Comment voyez-­vous l’avenir de l’humanité ?

Cela me fait penser au naufrage du Titanic en avril 1912. Le paquebot s’enfonçait lentement dans l’océan. Alors que les passagers des ponts inférieurs étaient noyés par les flots, ceux des ponts supérieurs étaient toujours en train de danser. Ce tableau illustre parfaitement la situation que nous sommes en train de vivre. Nous, qui habitons dans les pays riches, sommes pour l’instant ménagés. Nous dansons et gaspillons nos ressources, alors que toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans succombe à la faim, comme l’indiquent les chiffres de la FAO. Chaque jour, 57 000 êtres humains meurent de faim et presque un milliard d’habitants souffrent de malnutrition.
Pourquoi en est-il ainsi ? Il nous faut réagir dans un sens positif. Les végétariens font de la résistance. L’information sur le végétarisme est leur arme, c’est une sonnette d’alar­me. Il faut espérer un éveil des consciences. La société civile et les Etats sont des vassaux du capital financier et des intérêts de celui-ci. Cependant, la société civile se reconstitue, comme le prouvent des organisations d’importance historique telles que Greenpeace, Attac et le mouvement végétarien, qui appellent tous à une prise de conscience. Il n’y a pas d’impuissance dans une démocratie, tout est possible dans les limites de la constitution.

Pourtant, avant une votation, les électeurs sont sensibles à l’influence exercée sur eux.

Tout à fait. L’initiative que je suis de très près, celle de la Jeunesse socialiste suisse (JUSO) intitulée « Pas de spéculation sur les denrées alimentaires » recueille énormément de signatures. Et ce combat, nous pouvons le gagner. Je suis tout aussi pessimiste qu’eux face à la réalité telle que nous la vivons. Mais je suis plein d’espoir pour ce qui est d’une évolution des consciences.

Donc, selon vous, le changement doit émaner de la base ?

C’est la seule possibilité !

C’est une bonne approche car chacun peut changer son alimentation.

Exactement ! Tout comme chacun décide de son comportement de consommateur. En Europe, il n’y a aucune transparence pour ce qui est des denrées alimentaires génétiquement modifiées par exemple. Si ces produits ne sont pas achetés, les multinationales comme Monsanto ont des problèmes. Ils dépendent de nous, les consommateurs. Nous pouvons également choisir d’ache­ter les produits issus du commerce équitable et les produits de saison. Donc vous avez tout à fait raison, nous, les consommateurs, nous avons énormément de pouvoir. Il suffit d’en prendre conscience.
Mais je le répète : comme citoyens de pays démocratiques, nous avons la possibilité d’imposer des réformes structurelles déterminantes immédiates et ce par des méthodes pacifiques. Georges Bernanos, écrivain français, écrit : « Dieu n’a d’autres mains que les nôtres. » Soit nous mettons fin à cet ordre mondial de cannibales ou alors, personne ne le fera.

Renato Pichler
Trad. Astrid Krüger

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