Aliments, élevage, énergie, changements climatiques et santé
C’est sous ce titre que la renommée revue médicale «The Lancet» a créé la surprise auprès de ses lecteurs, avec 11 pages de faits bouleversants sur les conséquences de la production de viande.1
Il s’agissait de la cinquième partie d’une série sur l’énergie et la santé qui n’avait, à titre exceptionnel, pas exclusivement des questions médicales pour sujet.
Comme tous les articles publiés dans «The Lancet», il a été rédigé par des spécialistes scientifiques avérés. Des experts de l’université australienne de Canberra, de l’Université de Cambridge en Angleterre, d’un institut de formation à Londres ainsi que de l’Université de Santiago au Chili y ont collaboré.
Pourquoi «The Lancet» publie-t-elle un tel article? ![]()
La plupart des articles de la Lancet traitent de questions médicales très spécifiques et pointues. Des études confirmant la valeur d’une alimentation saine y ont souvent été publiés. Mais le regard ne portait toujours que sur un aspect en particulier. Cette série d’articles-ci remet donc ces sujets dans un contexte plus général. La série examine non seulement les effets de certaines substances dans des aliments bien précis, mais aussi les effets de la production alimentaire sur la santé humaine et sur l’environnement (qui touche indirectement à nouveau l’humain) dans son ensemble.
On peut facilement concevoir qu’il ne fait pas grand sens de discuter des effets de certains acides aminés sur la santé humaine si les changements climatiques ont pour conséquence qu’on ne peut plus produire assez d’aliments pour tous les humains. C’est pourquoi la protection de l’environnement est tout à fait un sujet d’intérêt médical.
L’essentiel des résultats
Les résultats de cette étude confirment les nombreuses autres analyses effectuées dans le même domaine. Mais elle apporte également des informations complémentaires. Ci-après quelques-uns des points abordés:
- L’émission de gaz à effet de serre provenant de l’agriculture représente environ 22% de l’ensemble des émissions. Cela correspond à peu près aux émissions de l’ensemble de l’industrie et à plus que l’ensemble du trafic mondial. Près de 80% de cette part sont imputables à l’élevage d’animaux.2
- Stopper l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre provenant de l’agriculture, en particulier de l’élevage, devrait donc être une priorité au plus haut degré, parce que cela permettrait de freiner sensiblement l’augmentation de la température moyenne sur terre.
- Les technologies existantes permettant de réduire les émissions imputables à l’élevage ne pourraient pas diminuer de plus de 20% ses effets sur le climat. Conformément à leur stratégie générale pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les auteurs recommandent donc une réduction de la consommation de produits d’origine animale. La réduction de la consommation de viande par personne dans les états à revenus élevés déterminerait alors un niveau plus bas de consommation que les pays à revenus moyens ou faibles pourraient atteindre à leur tour.
- Si d’ici à 2015, chacun ne consomme plus que 90 g de viande par jour en moyenne, l’effondrement climatique peut être évité. Ce sont principalement les habitants des pays industrialisés qui sont appelés à réduire leur consommation moyenne d’actuellement 240 g par personne.
- Si l’on part du principe que la population mondiale aura augmenté de 40% d’ici à l’an 2050, la consommation moyenne de viande devrait baisser à 90 g par jour afin de maintenir les émissions de gaz à effet de serre au niveau actuel. Cet objectif à lui seul exigerait déjà une forte réduction de la consommation de viande.
- Une réduction substantielle de la consommation de viande dans les pays à revenus élevés serait bénéfique pour la santé. Cette amélioration passerait principalement par une réduction des maladies cardiaques ischémiques, du surpoids pathologique (adiposité), du cancer du côlon et éventuellement encore d’autres types de cancer.
Autres constatations
Les auteurs de cette étude font également remarquer que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a mis beaucoup de temps à devenir attentive aux effets de l’agriculture sur le changement climatique. Le rapport 2003 de la FAO prétend même encore que le changement climatique est un problème du futur, avec des effets très réduits, voire à court terme positifs.
Malheureusement, la tendance à une consommation de viande de plus en plus élevée partout dans le monde est encore loin d’être inversée: durant la dernière décennie, la consommation de viande a même doublé en Chine, avec pour conséquence que le pays qui en 1993 était encore exportateur de soja doit aujourd’hui en importer (principalement depuis le Brésil) afin de nourrir tous ses animaux d’élevage. L’Inde, l’Afrique du Sud et quelques autres pays à consommation de viande croissante se mettent à leur tour à importer davantage de soja.
Durant cette même décennie, les importations de soja vers l’Union Européenne ont passé de 3 à 11 mio de tonnes. Ce qui est cependant en partie dû au fait qu’il est désormais interdit de nourrir le bétail avec des déchets d’abattage.
L’alimentation végétarienne n’est malheureusement pas non plus un sujet dans cette étude-ci de la «Lancet». Et ce bien que les mesures qui y sont préconisées se voient déjà actuellement mises en pratique de manière exemplaire par les végétariens.
Même si l’on a pour objectif la réduction de la consommation moyenne de viande à 90 g par jour et par personne, ce but ne pourra pas être atteint sans les végétariens. Car il n’y aura toujours qu’une partie de la population qui sera prête à changer de comportement par respect envers ses congénères et envers la nature. Ainsi, ceux à qui le futur de notre planète tient à coeur ne devraient pas se limiter à consommer la quantité de viande maximale permise, mais compenser plutôt le comportement des nombreuses personnes vivant de manière moins soucieuse.
Renato Pichler
1 «Food, livestock production, energy, climate change, and health», publié en ligne le 13 septembre 2007 sur www.thelancet.com.
2 Pour les lecteurs attentifs: la FAO arrive à 18% pour l’élevage d’animaux (lire Végi-Info 2007/3), ce qui correspond pratiquement aux 80% de 22%.
Vous trouverez plusieurs informations sur notre site: Changement climatique.
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[Végi-Info 2007/4f table de matières]
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