Eternal Treblinka
Le 2 juillet 2003, Le Matin avait publié un article
intitulé « Ford, cent ans en dix épisodes » qui
faisait l’éloge de la Ford Motor Company et de son
fondateur, Henry Ford. Nous y avons immédiatement réagi,
sur la base d’un chapitre du récent ouvrage de Charles
Patterson, « Eternal Treblinka », en faisant remarquer que
la vérité n’était pas si euphorique. En effet,
‘cet industriel a eu, dans les années ’30 et
‘40, des liens plus qu’amicaux avec le régime
nazi’ en ajoutant que ces liens avaient été
décrits avec force détails et confirmés par
d’indubitables références dans l’ouvrage
susmentionné. Le Matin nous a répondu qu’en raison de
l’abondance du courrier il ne leur serait pas possible de
publier notre lettre!
C’est dommage, mais en attendant la traduction
d’Eternal Treblinka en français, nous
invitons tous nos abonné-e-s qui connaissent l’anglais
à se procurer cet ouvrage, dont la lecture est recommandée
par toutes les associations végétariennes et de protection
des animaux dans le monde. En attendant cette traduction, nous en
donnons ci-dessous une d’un court extrait paru dans Tous
les animaux sont égaux (PETA, été 2003):
L’artiste Judy Chicago décrit dans le
chapitre intitulé Projet Holocauste, des ténèbres
à la clarté, comment elle a compris que de
désigner les Juifs par des noms d’animaux a conduit à
ce qu’ils soient traités et abattus comme des animaux.
… Lorsqu’elle a visité Auschwitz et pris
connaissance de la maquette de l’un des quatre fours
crématoires, elle a réalisé que « ces fours
étaient en fait des usines de traitement géantes –
sauf que d’être des abattoirs pour les cochons, ces usines
traitaient des humains qualifiés de cochons ». … Judy
Chicago apprit que, vu que l’une des étapes essentielles
pour tuer des êtres humains était de les déshumaniser,
de les enfermer en ghettos, de les affamer, de les salir et les
brutaliser, tout cela contribuait à ravaler les Juifs à un
niveau de ‘sous-humains’. En qualifiant sans relâche
les Juifs de ‘vermine’ et de ‘porcs’, le
régime Nazi est parvenu à convaincre la population
allemande de la nécessité de les éliminer. A Auschwitz
… elle a « pensé tout d’un coup au
‘traitement’ destiné à d’autres
créatures vivantes, auquel la plupart d’entre nous
étaient habitués et ne se préoccupaient guère.
… Je me suis alors questionnée sur la distinction
éthique entre le fait d’abattre des cochons et des gens
désignés comme des cochons. Beaucoup pourraient objecter
que de telles considérations morales ne doivent pas être
appliquées aux animaux, mais c’était cela,
précisément, ce que les Nazis faisaient aux Juifs. »
Elle écrit que ce qui était surtout effrayant dans le fait
de se trouver à Auschwitz « c’était son
caractère étrangement familier». Car ce que les Nazis
faisaient dans ces camps était ce qui se pratiquait tout le
temps dans le monde … « De nombreuses créatures
vivantes sont confinées dans des locaux étroits et
crasseux, transportées sans nourriture ni eau, entassées
dans des abattoirs, leurs corps ‘efficacement’
démembrés pour en faire des saucisses, des chaussures ou
des fertilisants.» C’est alors que, en elle, il y eut un
déclic. « J’ai vu le globe entier symbolisé
à Auschwitz, il était couvert de sang : des gens
manipulés et utilisés, des animaux torturés dans
d’inutiles expériences, des chasseurs poursuivant des
créatures sans défense ‘pour le plaisir’, des
humains terrassés par des hospitalisations et traitements
médicaux inadéquats, ou par malnutrition, des hommes
abusant de femmes et d’enfants, des gens polluant la terre
… l’oppression envers ceux qui regardent, ressentent ou
agissent différemment … ». Au cours du 20ème
siècle, deux des nations industrialisées modernes - les
Etats-Unis et l’Allemagne - ont tué des millions
d’êtres humains et des milliards d’autres êtres
vivants, chacun de ces pays ayant apporté sa propre contribution
au carnage : pour l’Amérique, l’abattoir comme
modèle au monde moderne, pour l’Allemagne nazie la chambre
à gaz. … Dans les centres d’abattage, la vitesse et
l’efficacité sont essentielles au succès de
l’opération. Pour minimiser les risques de panique ou de
résistance pouvant entraver le fonctionnement du processus, il
faut tout juste doser la tromperie, l’intimidation, la force
physique et la dextérité d’exécution. Au camp de
la mort de Belzec, en Pologne, tout a fonctionné « à
vitesse maximale, afin que les victimes ne puissent pas comprendre ce
qui se passait». Henry Friedlander, l’auteur du livre
Les origines du génocide nazi : de l’euthanasie à
la solution finale, décrit comme suit
l’opération en question : « Dès l’instant
de leur arrivée, les victimes étaient inexorablement
engagées dans un processus destiné à ce que leur
meurtre se fasse dans le calme et l’efficacité …
». (extrait basé sur Eternal Treblinka, Our Treatment
of Animals end the Holocaust, Charles Patterson).
| « Tant que les êtres humains feront
couler le sang des animaux, il n’y aura jamais de paix. Il
n’y a qu’un pas minime entre le fait de tuer des animaux
et la création de chambres à gaz à la Hitler ou les
camps de concentration de Staline. Il n’y aura jamais de
justice tant que l’homme se dressera avec un couteau ou un
fusil, détruisant ceux qui sont plus faibles que lui ».
Isaac Bashevis Singer, 1904-1991. |
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