| Vous tes ici: Accueil > Végi-info > f2003-1 > Agriculture bio non animale dans le West ... |
Agriculture bio non animale dans le Westerwald
A vrai dire, l’élevage d’animaux de rapport
est parfaitement raisonnable dans une exploitation agricole
biologique située dans une zone typique de moyenne montagne
comme le Westerwald...
De nombreuses raisons militent en faveur de
l’intégration dans l’exploitation d’animaux
de rapport tels que bovins, porcs, poules, etc. Ainsi par exemple, il
y va de la survie même de l’agriculture dans une
région dite exclusivement verte, sur des surfaces donc qui ne
peuvent être exploitées que pour la production agricole
de fourrages ou comme pâturages. La mise en valeur des
déchets de l’exploitation pour l’alimentation des
porcs ou des poules, comme ceux provenant peut-être du battage
des céréales, constitue un autre argument pour la
justification de cette intégration. Considérée
de manière pragmatique ...
Pour être honnête, il n’existait pour moi aucun
motif fondamental, qu’il soit d’ordre moral ou
idéologique, de procéder à une réduction
et ensuite à la suppression totale de l’exploitation
animale. Il s’agissait beaucoup plus pour moi
d’améliorer tout d’abord ma situation pratique
personnelle. Cet élevage d’animaux est
précisément le cas typique des petites exploitations
agricoles familiales diversifiées; il induit un devoir de
présence presque permanente et ne permet ni week-ends libres
ni vacances de longue durée. Une autre raison
d’abandonner l’élevage des animaux réside
dans la contrainte de procéder constamment à de
nouveaux investissements. Pour l’élevage de vaches
laitières en particulier, des sommes énormes auraient
dû être engagées dans la construction de nouvelles
étables et d’installations de technique laitière,
ainsi que dans le contingent laitier. Alors, au lieu de 12 vaches
à l’étable, passer à 40, 80 ou 120? La
rentabilité économique augmente avec la taille du
troupeau, mais il en est de même de la dépendance de
cette activité économique et de l’influence de
facteurs extérieurs tels que le prix du lait. La
liberté de décision de l’entrepreneur se
réduit fortement et les contraintes économiques en
régissent la vie quotidienne. La suppression des animaux et le
passage général à une exploitation bio font
naître deux types de problèmes importants:
premièrement une réduction possible de la
fertilité des sols et secondement une diminution des revenus
par suite de la perte des recettes provenant des produits
animaux.
Mythes et réalités
Après maintenant plus de dix ans d’expérience de
l’agriculture bio non animale, je peux dire que des solutions
ont pu être trouvées pour notre exploitation dans ces
deux domaines. Que la fertilité du sol puisse être
pratiquement préservée sans utilisation de fumier bovin
est à mon avis un mythe. Dans la culture biologique des
champs, le maintien et la protection de la fertilité autonome
des sols doivent naturellement être pris très au
sérieux. Dans notre exploitation, nous y sommes parvenus par
l’application conjointe de mesures adaptées les unes aux
autres. En font partie: des traitements conséquents mais
ménageant les sols (pas de passage de véhicules dans
les champs en cas d’humidité excessive, pas
d’enfouissement profond de matériaux organiques) de
même qu’une alternance très variée des
cultures avec une proportion pas trop élevée de
céréales (aux environs de 50%) et une part de 20-25% de
terres en friche. Les surfaces résiduelles sont
plantées de pommes de terre. Le chaume comme l’ensemble
de la biomasse des terres en friche demeurent sur les champs, pour ne
provoquer aucun bilan négatif de l’humus (teneur
constante en substances organiques de nos sols: 5–8%). Pour la
fertilisation, on veille avant tout à une teneur suffisante en
chaux, un apport supplémentaire éventuellement
nécessaire en fumure azotée étant fourni par des
engrais végétaux autorisés dans
l’agriculture biologique et qui généralement ont
en outre un effet bénéfique sur les processus
biologiques du sol. L’introduction d’une année de
friche dans notre alternance des cultures biologiques s’est
révélée particulièrement
bénéfique. Elle utilise un mélange de
différentes variétés de trèfle
(trèfle d’Alexandrie ou de Perse à plusieurs
coupes) et de plantes annuelles de prairies, enrichi en outre de 10%
environ de moutarde des champs. Les semis sont effectués
à fin avril, la moutarde des champs levant très
rapidement et constituant un peuplement presque fermé. Au
cours de l’été, le sol est recouvert plusieurs
fois et il est labouré aussi tard que possible en automne. Les
cultures suivantes telles que le froment d’été ou
les pommes de terre ne nécessitent pas d’autre fumure et
le problème des chardons est sensiblement réduit. Par
ce procédé, j’ai obtenu de bonnes qualités
de froment (jusqu’à 12,5% de protéines brutes) et
de bons rendements en pommes de terre (jusqu’à 38 t/ha
selon la déclaration officielle des récoltes).
La transformation de l’étable en
magasin
Qu’en est-il dès lors des pertes d’exploitation
provoquées par la suppression des produits animaux et les
surfaces laissées en friche? Pour notre entreprise, la
solution est venue de la culture de légumes et leur
commercialisation directe. La culture de surfaces relativement
réduites de légumes suffit déjà à
compenser dans une large mesure les pertes de recettes causées
par les surfaces laissées en friche. Un magasin fermier a
été installé dans l’ancienne
étable, moyennement un investissement relativement faible; il
a rapidement rapporté davantage que les vaches qui occupaient
précédemment ces lieux.
Reconnaissance par le recul
Naturellement, la voie prise par notre exploitation constitue un cas
particulier et individuel (comme toutes les fermes), qui ne peut pas
sans autre être généralisé. En outre, la
description de notre itinéraire vers l’agriculture
bio-végane peut paraître certainement très
profane et très peu dirigée par un idéal
élevé quelconque. Il me semble très
intéressant de pouvoir affirmer que mon engagement
émotionnel et aussi théorique dans ce domaine
s’est considérablement modifié après coup
seulement. C’est-à-dire donc que cette orientation
bio-végane n’a pas été la cause des
modifications apportées à mon exploitation, mais que la
pratique de l’agriculture non animale a été dans
mon cas la cause de ma sympathie pour le mouvement bio-végan.
Il est étonnant de constater déjà la
manière dont ma sensibilité à cet égard
s’est modifiée. Alors que l’enfant que
j’étais considérait comme allant de soi le fait
d’attacher des animaux, de les enfermer, de les engraisser et
de les abattre, je pense de moins en moins aujourd’hui que
l’exploitation technique et scientifique organisée des
animaux en tant qu’objets de rendement économique peut
se justifier sur le plan de la responsabilité éthique.
S’il peut un jour exister quelque chose qui puisse être
considéré comme un progrès de la civilisation,
il devrait alors comme le demandait par exemple Albert Schweitzer se
manifester surtout par un respect accru de la vie.
Rainer Philippi
[en haut]
Merci pour l’intérêt que vous montrez envers les informations de l`Association Suisse pour le Végétarisme (ASV). Pour garantir à l’avenir un accès gratuit à ce site (de plus de 1700 pages), nous avons grand besoin de votre soutien!
Faites-vous membre de l`ASV ou abonnez-vous à notre revue : le Végi-Info!