Enquête auprès des végétariens
Analyse des réponses à notre
Questionnaire
Introduction: Ce questionnaire en 10 points, 9
questions et une remarque, élaboré par l’une de
nos jeunes abonnées, Elodie, pour un travail scolaire en 2001,
a été repris avec son accord à notre compte
(avec quelques modifications mineures) et soumis par la voie de notre
journal Vegi-Info à nos membres et abonnées de Suisse
romande afin de pouvoir, à notre tour, en tirer une
étude. Celle-ci, effectuée début février,
porte sur les 35 premières reçues.
1. Pensez-vous que la définition du
végétarisme soit claire pour tout le
monde ?
Une grande majorité estime que la définition du
végétarisme n’est pas claire (‘pas claire
du tout’), en raison de la confusion fréquente entre
végétarisme (consommation d’œufs, de lait
et produits laitiers) au sens large et végétalisme
(consommation de produits végétaux exclusivement), mais
surtout parce que ‘de nombreuses personnes pensent que les
végétariens consomment des viandes blanches et du
poisson’ [24], ainsi que des crustacés et des
coquillages.
« … et pourtant le poisson est l’animal le plus
tué dans ce monde et sa souffrance collective et individuelle
est énorme. … il ne meurt d’asphyxie
qu’après plusieurs heures de souffrance … »
[12].
« Le poisson, c’est la souffrance
oubliée » [28].
Les végétariens savent très bien, quant à eux, qu’être végétarien signifie ne manger aucune chair animale. Par ailleurs, on croyait que l’image du végétarien avait bien changé au cours de ces dernières années; et pourtant plusieurs réponses ont fait part de remarques que l’on pensait appartenir définitivement au passé : On nous prend pour des doux rêveurs, des idéalistes, des spéciaux, des malades, des originaux, des marginaux, ... ( !)
2. Pourquoi êtes-vous
végétarien-ne : Est-ce un choix ? Est-ce une
obligation et laquelle ?
Presque unanimement, c’est un choix libre et conscient, une
conviction; une obligation par contrainte financière dans un
cas (il est vrai que manger végétarien est beaucoup
plus économique que manger de la viande !) et
essentiellement pour des raisons de santé dans un autre. Dans
ces deux derniers cas cependant c’est devenu un choix
délibéré par la suite. Par contre, plusieurs
réponses font état que, dans leur enfance, manger de la
viande a été une contrainte alors que ces enfants ont
exprimé à leurs parents ne pas vouloir manger des
animaux et leur dégoût à l’idée de
les voir être tués pour la nourriture.
« C’est un choix. J’aime tellement les
animaux que je ne pourrais plus les manger. … Je regrette de
ne pas être devenue végétarienne plus
tôt » [11].
« C’est le choix de mon cœur, en accord complet
avec mon âme » [12].
« C’est délicieux, j’adore ma
nourriture. Mmmm !…. » [13].
3. Quelle est votre motivation profonde face au
végétarisme ?
Beaucoup de réponses ont déjà été
fournies sous la question 2. Elles sont complétées et
précisées sous la 3. La motivation profonde est
largement l’amour et la compassion pour les animaux, le refus
de tuer, l’éthique, la quête spirituelle, le
respect de toutes les espèces animales et de leur
évolution.
Détaillons:
– la compassion pour les animaux maltraités et
tués, et contre la violence en général : 29
– contre les pollutions (environnement) les gaspillages (la
faim dans le monde) et la dégénérescence des
espèces : 11
– la santé physique seule : 9
– la santé physique, mentale et spirituelle : 3
– pour un monde meilleur, un bien-être à tous
niveaux, les bienfaits constatés suite à des
expériences positives : 3
– le respect de l’évolution des animaux
(«nos frères cadets») : 3
– une nourriture délicieuse, plus agréable et
plus facile à cuisiner : 3
« Rejet du barbarisme et des instincts les plus bas de
l’humain » [20].
« Supprimer sa vie, c’est le retarder dans son
évolution » [8].
« Pourquoi tuer un être, il y a tellement d’autres
choses à manger. … Si je vois un morceau de viande, je
vois tout l’animal » [34].
« C’est un choix que je ressens comme une obligation
morale » [35].
4. Avez-vous conscience de tous les impacts
qu’entraîne le fait de manger de la viande ? Si oui,
lesquels ?
Dans les réponses positives, globales ou partielles, on a
constaté que cette prise de conscience a été
progressive dans la plupart des cas. La plus grande proportion des
réponses indique en premier lieu les traitements cruels envers
les animaux mais viennent ensuite d’autres impacts parmi
lesquels nous pouvons citer ceux portant sur :
– l’environnement et la déforestation : 13
– le gaspillage des ressources : 6
– l’injustice envers le tiers-monde : 10
– toutes les formes de violence : 4
– les maladies (physiques, psychiques, spirituelles) : 16
– l’insécurité alimentaire : 2
– les coûts élevés d’ordre
socio-économiques (maladies, etc.) : 8
A ce propos, [35] rappelle qu’il y a plus de 20 ans que la
Déclaration de Berne avait publié un dossier
démontrant l’absurdité économique de la
nourriture carnée.
Toutefois, on compte 3 ‘non’, un ferme (pas du tout
conscient), un ne se sent pas concerné (en tant que
végétarien), et un nuancé (pas tout à
fait conscient).
Le sort des animaux :
« Pour l’avoir pratiqué (le carnivorisme), je
connais chaque atrocité infligée aux animaux victimes,
je pourrais vous en citer des dizaines, de leur naissance à
leur mort » [3].
« Le fait que tant que l’on versera le sang des
animaux, aucune paix réelle ne pourra s’installer sur la
terre » [25].
« J’ai commencé à en (les impacts)
prendre conscience à l’âge de 16/17 ans.
J’en avais fait un exposé à
l’école » [34].
Les autres impacts :
« Ceux que je connais suffisent à donner froid dans
le dos » [4].
« Le corps et l’âme ressentent la lourdeur de
la viande » [2].
5. Faites-vous attention à votre
santé ? Mangez-vous équilibré pour ne pas
manquer de vitamines ? Avez-vous une crainte pour d’autres
éventuelles carences ?
La presque totalité (27) des réponses indique une
attention allant de grande à sans excès (1), sans
obsession (1), oui, mais pas spécialement (2), un peu (1),
avec beaucoup de produits bio (2). 2 disent non et 1 pas vraiment.
Manger équilibré est admis par 25 oui, dont 2
grâce au bio et 2 sans rien calculer, mais une majorité
estime qu’il faut prendre le temps d’y faire
attention ! Par ailleurs, 6 disent non dont 3 avouent ‘pas
assez sans doute, plus ou moins, ou pas vraiment’.
La peur de carences semble très faible chez les
végétariens. En d’autres termes, ils ont toute
confiance dans leur mode d’alimentation. 24 disent
n’avoir aucune peur, et seuls 4 disent craindre l’une ou
l’autre carence : en vitamine B12 (1), en fer (2), en
calcium (1); et 2 de ces réponses disent avoir recours aux
conseils d’un professionnel de la santé: son naturopathe
(1) et son médecin (1).
Dans l’ensemble, que ce soit sous ce point ou un autre, un
nombre moins élevé que prévu de réponses
indiquent une nette préférence pour les produits
biologiques. On peut supposer que c’est parce que cela va de
soi, et que les légumes bio ont fait récemment une
entrée attractive dans les grandes surfaces et qu’il est
donc devenu inutile d’en faire mention, ou encore parce que les
légumes selon la P.I. (production intégrée) sont
estimés d’assez bonne qualité.
L’attention à la santé :
« Pour les enfants, je suis attentive à
réunir céréales et
légumineuses » [20].
Les carences :
« C’est plutôt avant (de devenir
végétarienne) que j’aurais dû avoir peur
d’éventuelles carences » [4].
6. Pensez-vous qu’un végétarien ait
suffisamment de choix de produits de consommation ? Si non, que
peut-on faire pour l’améliorer ?
Dans l’ensemble, les réponses expriment une satisfaction
globale par rapport au choix des produits végétariens
et végétaliens offerts dans les magasins
spécialisés/biologiques et les grandes surfaces.
Beaucoup de réponses ont cependant été
nuancées notamment quant à l’approvisionnement de
ces produits dans les petites localités, aux prix trop
élevés de certains produits notamment les
‘substituts de viande’, à la présence
d’additifs, de sel en excès, à la présence
de certains produits animaux (œufs, poudre de lait,
gélatine, saindoux, etc.), à l’étiquetage
incomplet, à l’absence de produits surgelés et de
plats cuisinés végétariens pour les gens
pressés.
Mais lorsqu’il s’agit des restaurants et des cantines,
scolaires en particulier, la satisfaction est nettement plus
mitigée.
« Etre végétarien de nos jours est une
aubaine ! » [1].
« … et nos supermarchés sont pleins de
choix de légumes, de fruits, etc.; il n’y a pas de quoi
se plaindre » [27].
« … Se renseigner, essayer, tester, goûter
… » [14].
« Plus il y aura de végétariens, plus
l’offre s’accentuera » [32].
Des souhaits pour une amélioration sont formulés avec fermeté pour ce qui concerne les cantines, restaurants et établissements de ‘fast-food’ notamment. Par ailleurs, trouver des fromages végétariens, nouveaux sur le marché suisse et savoureux, à pâte dure (‘cheddar’, ‘hollande’ etc.), à pâte molle (‘aux herbes’) et à tartiner (‘philadelphia’ etc.), très proches du goût du fromage traditionnel, tant dans les magasins spécialisés que dans les grandes surfaces, est aussi un vœu exprimé.
« Il y a de plus en plus de choix ! Une fois les
bons réflexes acquis, ça devient presque un jeu
d’enfant … La situation est en revanche beaucoup plus
mitigée pour les restaurants, particulièrement en
Suisse romande, qui sont encore trop nombreux à se contenter
de nous proposer les traditionnels menus style
Steak-Frites-Salade. » [22].
« Il existe plein de substituts de viande qui en ont
toutes les valeurs nutritives sans les toxines » [31].
7. Si l’on vous dit que le fait d’être
végétarien-ne aide les gens du tiers-monde, en
êtes-vous conscient ?
Le fait d’en être conscient s’exprime
majoritairement, surtout dans le fait que ‘les
céréales que l’on cultive afin de nourrir les
animaux destinés à la boucherie pourraient nourrir les
populations du tiers-monde qui meurent de faim’ [25];
l’une d’elles estime qu’une solution vraie et
durable serait de permettre à ces populations de se nourrir
elles-mêmes avec leurs propres céréales au lieu
de les leur prendre pour nourrir les animaux de boucherie des pays
industrialisés, pour ensuite leur envoyer plein de sacs
d’aides alimentaires lorsqu’elles souffrent de famine;
cette solution implique de devenir tous végétariens de
par le monde entier [28].
Mais dans l’ensemble les réponses positives [23] sont
brèves (oui, bien sûr), avec 3 réponses
réservées dont 3 qui disent oui, mais ce n’est
pas palpable, pas très présent et 1 qui tient à
exprimer une certaine solidarité; enfin 1 souligne que ce
n’est pas un problème spécifique aux pays du
tiers-monde, et 2 avouent non, pas de conscience du tout à ce
propos.
« Quand je parle de ce problème de famine dans
le monde que l’on pourrait résoudre partiellement par le
changement de nos habitudes alimentaires, je me heurte à la
muraille de Chine » [6].
« Conscient ? Certainement, et l’on devra y
arriver de par la fonction de l’énormité de la
population mondiale » [21].
8. De plus en plus de personnes optent pour un
‘régime’ végétarien. Pensez-vous que
ceci soit plutôt dû à un phénomène
de mode ou à une réelle conviction ?
Dans l’ensemble les avis sont partagés à 50%
entre la conviction – ou plutôt la prise de conscience
– et un phénomène de mode. Mais à
l’analyse on constate que c’est plutôt les deux
à la fois, et plusieurs ajoutent que s’il s’agit
d’une mode, ce qui est encore difficile d’affirmer, peu
importe parce que c’est bien. En outre, la plupart soulignent
que la peur de la vache folle, la fièvre aphteuse, la dioxine,
les antibiotiques, les hormones, etc. est un facteur nouveau en
faveur du végétarisme. Et à propos de peur, [15]
estime qu’une mode née de la peur peut être bonne
conseillère, tandis que [35] parle de
‘progression’, surtout parmi certains enfants très
courageux, et [29] de ‘très lente progression des vrais
végétariens, ce qui permet de ne pas
désespérer de l’humanité’! Enfin
[19] dit ne pas savoir car ‘je suis végétarienne
depuis la jeunesse. J’ai 64 ans’.
« C’est certainement un phénomène de mode … mais c’est aussi la peur qui fait changer les gens » [6].
Et une réponse résume bien un sentiment
général que, si c’est en partie une mode, si le
végétarisme s’installe, il est si bienfaisant
qu’il transformera le genre humain et que c’est une
bénédiction pour tout un chacun :
« Perhaps partially because vegetarianism is in vogue
… But peu importe. If the fashion sticks, the person will be
transformed. So, bless us each and every one » [7].
9. Et pour finir, pensez-vous que le
végétarisme soit une solution
d’avenir ?
Sans surprise, la réponse est un oui clair et net,
nuancée par le fait que ce n’est pas la seule
nécessaire pour bâtir un monde meilleur. [20] affirme
même que l’on ne peut parler de solution mais
plutôt de nature, une ‘nature du présent, du
passé et de l’avenir’. Un oui nuancé aussi
par le fait que cela peut prendre du temps, mais cela se fera mais
qu’il importe de ‘ne pas trop tarder’ [9], pour
éviter une catastrophe écologique. Et d’utiliser
les bons arguments [10] … et les bonnes recettes pour
séduire les non végétariens et les amener au
végétarisme. Appliquer le vieil adage selon lequel
« l’amour passe par
l’estomac ! » [1].
Pourquoi pas ? Et bien entendu, une grande
préoccupation du sort des animaux, la paix et
l’état de la planète pour les
générations futures s’exprime avec constance.
« Le végétarisme, plutôt le
végétalisme, est la seule solution d’avenir. Si
nous ne voulons pas finir par être forcés de manger des
vers de terre pollués après une guerre mondiale suivie
d’une catastrophe mondiale écologique qui pointe
à ’horizon. Mais je ne suis pas prophète, je suis
maman, et j’aime les animaux et la nature. Et mes ami-e-s
» [23].
Ce qui n’exclut pas un prudent scepticisme :
« C’est certainement la solution d’avenir pour
bien des maux actuels … mais l’humanité
sera-t-elle assez intelligente pour le comprendre ? »
[9].
Plusieurs critiques assez sévères ont été
émises à l’égard des verts écolos
qui n’ont étonnamment jamais pris en compte les
objectifs des végétariens. Même objection
vis-à-vis des pacifistes.
« Les écologistes se sont trompés de
combat au départ. Il ne sert à rien de lutter pour
préserver les espaces verts et les espèces animales si
on n’entreprend pas simultanément d’enrayer la
prolifération galopante humaine. C’est un
non-sens » [32].
« Malheureusement, la plupart des écologistes
considèrent encore trop souvent l’alimentation
carnée comme une nourriture normale pour les
humains » [33].
10. Remarques:
Pour terminer, voici une sélection de remarques
formulées au terme des 9 réponses :
Un grand sentiment de culpabilité vis-à-vis des animaux
(certaines réponses ont même parlé de terrible
vengeance à venir !) :
« Le mépris envers nos cocréatures est la
source de tous les maux de l’humanité » [16].
Mais aussi un profond sentiment d’amour et d’espoir pour
toutes les créatures :
« C’est par respect des autres êtres vivants
de notre planète que j’aimerais voir le
végétarisme prendre une part plus grande dans la vie de
chacun » [17].
Avec un souhait d’un végétarisme de
qualité :
« Végétarien, oui, mais mangeant des
produits complets, bios, et pas des produits raffinés !
» [26].
Reste présente la crainte d’une catastrophe à
venir :
« Le végétarisme doit être
l’avenir si nous ne voulons pas nous détruire
nous-mêmes » [30].
Tout en gardant le sens des réalités :
« Quand des gens me disent ‘Il y a trop de
bêtes, il faut bien les manger’, je leur
réponds : ‘Au lieu d’inséminer les
femelles, on peut contrôler les naissances comme chez les
humains’ » [18].
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Dernière actualisation de cette page indiquée: 9.12.2008
