Editorial
L'agriculture est-elle encore capable de tirer des leçons
?
Chères lectrices, chers lecteurs,
La vague de scandales touchant l’industrie de la viande ne
s’atténue pas. Après la crise de l’ESB (qui
n’est pas près de s’arrêter), est survenue
l’affaire des porcs nourris aux antibiotiques en Autriche (dont
une partie de la viande a atterri dans les assiettes des mangeurs de
viande suisses), et maintenant on assiste aux tueries en masse
d’animaux qui sont
« éliminés » sur de gigantesques
bûchers en Angleterre suite à
l’épidémie de fièvre aphteuse.
Tous ces événements ont-ils amenés le moindre
changement dans les pratiques agricoles ? Hélas non. Le
commissaire européen à l’Agriculture Fischler
avait pourtant préparé un programme relativement bon en
7 points pour introduire des réformes agricoles. Aucun des
points n’a été accepté lors de la
conférence de l’Union Européenne sur
l’agriculture du 26 février dernier. Même la
ministre allemande à l’Agriculture Mme Künast, du
parti des Verts, s’est prononcée pour des raisons
économiques contre une réduction des subventions pour
les 90 premiers bovins d’une exploitation. Elle a de ce fait
soutenu les propriétaires d’usines d’animaux,
alors qu’elle prône un changement dans
l’agriculture, comme la plupart des politiciens. Pendant ce
temps, les agriculteurs ont organisé une grande manifestation
devant les bâtiments de l’UE, en bloquant les routes,
pour réclamer encore plus de subventions (alors que l’UE
distribue déjà plus de la moitié du total de ses
subventions à l’agriculture !).
Et en Suisse? Depuis des années on entend dans les milieux
responsables, que la politique agricole devrait être
réformée. De grandes quantités de papier ont
été utilisées pour imprimer ces intentions! Mais
dans les faits? L’Administration et le Conseil
fédéral ont décidé de dépenser 7
millions pour soutenir le prix de la viande suisse. Et afin que la
population consomme encore davantage de viande, 2 millions
supplémentaires seront investis dans une campagne de
publicité à laquelle l’Office
fédéral de la santé publique participe! Les
effets néfastes pour la santé de la consommation de
viande sont ainsi simplement ignorés. Les
intérêts économiques ont le dessus.
Et l’industrie alimentaire? Constate-t-on dans ce secteur un
changement radical afin de regagner la confiance du
consommateur ? Hélas non : en Suisse et en Allemagne
les plus grands producteurs et distributeurs alimentaires ont
été contactés afin de leur proposer
d’adopter le label du végétarisme sur leurs
produits végétariens. Seule une petite minorité
a réagi positivement, la plupart ne souhaitant pas être
soumis à des contrôles provenant d’un organisme
externe et indépendant.
Que reste-t-il au consommateur face à cette situation?
Réfléchir et agir de manière indépendante
et consommer avec un esprit critique.
Ceux qui ne veulent pas soutenir financièrement les
machinations de l’industrie de la viande, après ces
réflexions, se nourriront en toute sécurité de
manière responsable, éthique, écologique et
saine en refusant de manger des animaux.
Renato Pichler
Président de l’Association suisse pour le
végétarisme (ASV)
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Dernière actualisation de cette page indiquée: 9.12.2008
