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Antispécisme – Égalité animale
Quelques militant-e-s antispécistes français-e-s
ont été invité-e-s à participer au Vegan
Day de Genève, le premier novembre 2000. Nous y avons
reçu un accueil chaleureux tant des organisa-teur-trice-s que
du public. Lors des échanges qui ont eu lieu ce jour
là, nous avons pu constater que la plupart de nos
interlocu-teur-trice-s, bien que très sensibilisé-e-s
à la cause animale, ne connaissaient pas les thèses
antispécistes. Nous remercions Vegi-info de nous donner ici
l’occasion de présenter rapidement nos idées, et
d’indiquer quelques références à celles et
ceux qui voudraient s’informer davantage.
L’éthique de l’égalité
animale
Le mouvement de lutte pour l’égalité animale se
fonde sur le principe suivant :
Les intérêts d’un animal, à ne pas souffrir et à vivre une vie heureuse et satisfaisante, importent autant, moralement, que les intérêts équivalents d’un être humain.
L’appartenance à l’espèce humaine ne
confère aucune dignité particulière, ni de donne
en soi de droits particuliers. L’espèce, pas plus que le
sexe ou la race, n’est une catégorie éthiquement
pertinente : nous combattons donc le spécisme,
c’est-à-dire la discrimination fondée sur
l’espèce.
Il découle en particulier de la position antispéciste
que les pratiques millénaires par lesquelles les membres de
notre espèce exploitent les autres animaux sont inacceptables.
Le spécisme, c’est l’idéologie qui justifie
l’exploitation et l’utilisation des animaux non humains
de manières qui ne seraient pas admises si les victimes
étaient humaines. Les animaux sont élevés et
abattus pour nous fournir de la viande ; ils sont
pêchés dans les mers pour notre consommation ; ils
sont utilisés comme modèles biologiques pour nos
intérêts scientifiques ; ils sont chassés
pour notre plaisir sportif. Nous refusons et combattons ces
pratiques, tout comme nous les refuserions et combattrions si les
victimes en étaient humaines.
Nous refusons l’argument qui voudrait justifier ces pratiques
sur la base de la moindre capacité intellectuelle des animaux
non humains. Rien ne justifierait de faire des distinctions morales
entre les êtres humains en fonction de leur plus ou moins
grande intelligence ou rationalité. Rien ne justifie de faire
ces mêmes distinctions morales à l’encontre des
animaux non humains.
Il ne s’agit pas d’accorder des droits identiques
à tous les animaux - accorder à une hirondelle le droit
de fréquenter l’université, par exemple,
n’aurait pas plus de sens que d’accorder à une
femme le droit de pondre des oeufs ; il s’agit
d’accorder aux intérêts de tout individu sensible
la même considération, et de reconnaître les
droits qui découlent de ses besoins. La conscience
éthique dont sont capables la plupart des humain-e-s est
source pour ceux et celles-ci non de privilèges, mais de
devoirs.
En France, le mouvement antispéciste s’inscrit dans le
cadre plus vaste de la lutte pour l’égalité
animale, c’est à dire de la lutte pour une égale
prise en compte des intérêts de tous les animaux, y
compris des humain-e-s entre eux. On ne peut être
antispéciste sans critiquer également le racisme ou le
sexisme, ni antispéciste et indifférent aux victimes
humaines des injustices économiques. L’oppression dont
sont victimes les animaux non humains, loin de constituer un
phénomène marginal, représente un modèle
central de domination sur lequel s’appuient les dominations
intra-humaines. La lutte pour l’égalité animale
implique une remise en cause fondamentale des mécanismes du
mépris et de l’oppression.
L’antispécisme s’inscrit dans une tradition
laïque. Il ne se situe pas dans une optique mystique, ou de
recherche de pureté. On ne doit pas le confondre avec les
modes de pensée naturalistes, qui attribuent une valeur
morale, non pas aux individus sensibles, mais à un
“ordre naturel” ou à la “vie” avec un
grand V. (Ce qui ne signifie pas que les antispécistes soient
indifférents aux pollutions, puisque les animaux humains ou
non en souffrent). L’antispécisme se distingue
également de la défense animale qui a pour but une
amélioration des conditions d’exploitation des
non-humains sans remettre en cause la domination spéciste.
Quelques textes fondateurs
Le mouvement de libération animale a acquis ses
premières bases théoriques solides lors de la
publication en 1975 par le philosophe australien Peter Singer du
livre Animal Liberation - A New Ethics for Our Treatment of Animals.
Il existe aujourd’hui une vaste littérature
antispéciste. Elle émane des différents courants
de la pensée éthique : à côté de
philosophes utilitaristes (comme Singer), on trouve des auteurs se
réclamant du courant déontologique fondé sur une
théorie des droits, et dont le représentant le plus
connu est Tom Regan (auteur de The Case for Animal Rights, 1983).
En 1993, Paola Cavalieri et Peter Singer ont lancé le Great
Ape Project, livre-manifeste visant à briser la
frontière d’espèce en son point le plus faible,
celui qui sépare les humains des autres grands singes
anthropoïdes, par la revendication de l’extension à
ces derniers de la communauté des égaux. Les membres de
la communauté des égaux – qu’ils soient
humains ou non – possèdent un certain nombre de droits
fondamentaux, dont le droit à la vie, à la
liberté individuelle et à ne pas être soumis
à la torture.[1]
Le mouvement antispéciste en France
Il y a dix ans, aucun texte théorique n’était
encore traduit, et très peu d’informations filtraient en
France sur le mouvement de libération animale. Sans
références à ce qui se passe ailleurs, une
poignée d’individu-e-s tentent pourtant de briser le
silence consensuel qui entoure le massacre animal. Ils-Elles sont
souvent issus de milieux alternatifs, et déjà
sensibilisé-e-s à la lutte contre l’oppression
par leur engagement dans des domaines divers (féminisme,
soutien aux sans-abri, aux sans-papiers, lutte contre la
xénophobie, l’antisémitisme, l’homophobie,
solidarité avec le tiers-monde, dénonciation des
conditions de la vie carcérale...).
En 1988, quelques personnes publient le recueil de textes Nous ne
mangeons pas de viande pour ne pas tuer d’animaux.
Diffusée à 4000 exemplaires, cette brochure permet de
créer un début de réseau entre des individu-e-s
jusque là séparé-e-s.
La première revue française consacrée à
la lutte pour l’égalité animale naît en
1991. Outre la traduction de textes étrangers, les Cahiers
antispécistes dessinent une analyse politique et philosophique
originale. Ils approfondissent les analogies entre spécisme et
discriminations intra-humaines et développent une
réflexion critique sur les oppositions animal/humain,
instinct/liberté, nature/culture, qui structurent notre
civilisation.
En 1993, la publication chez Grasset de La Libération animale
de Singer révèle à des individu-e-s qui
ignoraient l’existence d’un mouvement en France ou
ailleurs qu’ils-elles ne sont pas seul-e-s à refuser
l’exploitation animale, et en amène d’autres
à remettre en cause leur participation à celle-ci.
Quelques un-e-s entrent en contact avec des organisations militantes
grâce à la liste d’adresses fournie par
l’auteur à la fin de son livre.
Parallèlement à la naissance du mouvement pour
l’égalité animale au sens strict, on observe une
évolution dans le monde de la défense animale avec
l’apparition de nouvelles associations (OneVoice, et la PMAF,
section française du CWF) qui dénoncent ouvertement les
conditions de l’exploitation animale dans
l’élevage, au lieu de s’en tenir à la
défense des animaux familiers, à celle des
espèces sauvages, ou à la lutte contre la vivisection.
Aujourd’hui, de petits collectifs antispécistes existent
dans la plupart des grandes villes françaises. Ils diffusent
des tracts, brochures et affiches en faveur de
l’égalité animale, et s’associent parfois
pour des actions telles que le blocage des entrées du Salon de
l’agriculture à Paris, le 4 mars 2000, autour de
banderoles où l’on pouvait lire notamment
“ L’élevage est l’esclavage des
animaux ”. Toutefois ces actions ne reçoivent aucun
écho dans les médias. Il est rarissime d’entendre
parler d’antispécisme ou d’égalité
animale dans les journaux ou émissions de
radio-télévision. Et lorsque cela arrive, aucun
antispéciste n’est invité à
s’exprimer, de sorte que seuls nos adversaires ont la parole.
Beaucoup de chemin nous reste donc à faire pour parvenir
à toucher le grand public.
Des antispécistes
1 La revue Le Débat (éditée par Gallimard) a consacré deux dossiers, dans ses numéros 108 (janvier 2000) et 109 (mars 2000) au Projet Grand Singe, à travers une série de textes opposant Paola Cavalieri à divers contradicteurs.
Repères documentaires Livres:
- F. Burgat, L’animal dans les pratiques de consommation, PUF, Que sais-je?, Paris, 1995.
- F. Burgat, Animal, Mon Prochain, éd. Odile Jacob, Paris, 1997, 140 FF.
- P. Cavalieri et P. Singer (dir.), The Great Ape Project: Equality Beyond Humanity, éd. Fourth Estate, Londres, 1993 (Existe aussi en espagnol, italien et allemand).
- J.M. Masson et S. McCarthy, Quand les éléphants pleurent : la vie émotionnelle des animaux, éd. Albin Michel, 1997, 130 FF.
- A. Méry, Les végétariens : raisons et sentiments, éd. La Plage, 1999, 98FF.
- D. DeGrazia, Taking Animals Seriously : Mental Life and Moral Status, éd. Cambridge University Press, 1996.
- J. Rachels, Created from Animals : The Moral Implications of Darwinism, éd. Oxford University Press, Oxford, 1990.
- T. Regan, The Case for Animal Rights, University of California Press, Berkeley, 1983.
- S.F. Sapontzis, Morals, Reason and Animals, éd. Temple University Press, USA, 1987.
- P. Singer, La Libération animale, éd. Grasset, 1993, 145 FF.
- P. Singer, Questions d’éthique pratique, éd. Bayard, 1998, 170 FF.
- P. Singer, L’Égalité animale expliquée aux humains, éd. Tahin Party (20 rue Cavennes, 69007 Lyon), 2000, 15 FF (port inclus).
Revue:
Les Cahiers antispécistes : réflexion et action
pour l’égalité animale, semestriel, 20 rue
d’Aguesseau, 69007 Lyon
E-mail : redaction@cahiers-antispecistes.org
20 FF le numéro, 80 FF l’abonnement à 4
numéros.
Internet:
L`ensemble des textes publiés par les Cahiers Antispécistes sont disponibles sur leur site : www.cahiers-antispecistes.org- Pour une liste commentée de divers sites traitant de la condition animale voir “ Promenades sur internet ” de David Olivier
- On peut obtenir une bibliographie en anglais de 350 entrées sur la question animale : se rendre sur www.amazon.com rubrique “ books ”, inscrire le thème “ Animal Rights ” et lancer la recherche.
- Il existe également des listes de discussion en français fréquentées par des antispécistes et des personnes motivées par la défense animale, en particulier la liste “ vegetarien ” et la liste “ ethiquanimal ”. Pour s’inscrire, adresser un message vide à vegetarien-subscribe@onelist.com et ethiquanimal-subscribe@onelist.com respectivement.
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